Des touristes à Strasbourg ou le montage de l’information

Récemment j’ai découvert par hasard un reportage sur les touristes à Strasbourg en 1959. C’est avec curiosité que je l’ai regardé, ayant moi-même visité la capitale alsacienne en 2014. Ma plus grande surprise n’était pas de constater qu’à plus de 50 ans d’intervalle, nous avons visité les mêmes lieux. Non, ce qui m’a réellement étonné c’est l’absence de commentaires accompagnant la vidéo…

 

Les actualités dans les années 50 et 60

Ce reportage, créé sans doute pour les actualités françaises, a été tourné en 1959 en noir et blanc. Constitué d’une enfilade d’images séquencées, ce petit film à la particularité d’être aujourd’hui muet. Or ça n’a peut-être pas toujours été ainsi.

En effet, un commentaire oral souvent accompagné d’une musique en fond, venaient aboutir le reportage. La voix et la musique étaient alors enregistrées sur une bande son, tandis que le film était monté sur une autre bande. A cette époque et jusque dans les années 60, le montage d’actualité consistait à monter d’abord le film ; le rédacteur commentait en suivant, s’appuyant sur les images. Lorsque l’équipe manquait de temps pour prendre le son, le commentaire de la vidéo se faisait en direct, lors de sa diffusion. La bande son pourrait avoir été perdue avant son archivage à l’INA (Institut National de l’Audiovisuel), en charge de sa conservation et de sa communication. Cela pourrait expliquer pourquoi ce reportage nous est parvenu muet.

Des touristes à Strasbourg.

Poussons un peu plus loin l’analyse… si vous le voulez bien.

Dans ce reportage, nous pouvons reconnaître la Cathédrale de Strasbourg, le quartier de la Petite-France et la rivière de l’Ill… Sans voix off pour nous commenter cette vidéo, nous pouvons imaginer que le texte devait nous présenter les trois atouts touristiques de la Ville. Mais également, elle devait nous dire aussi combien la capitale alsacienne était attrayante ; les premières prises de vue filmant un parking « réservé exclusivement aux touristes étrangers au département du Bas-Rhin » et les plaques d’immatriculations françaises et européennes, témoignent de la popularité de cette ville.

 

Monteurs VS journalistes ?

Aujourd’hui les reportages traitants des touristes à Strasbourg, sont quelque peu différents. Déjà, pour avoir eu la chance de la visiter il y a bientôt deux ans, il faut ajouter à la liste des atouts touristiques, le Parlement européen (1998) qui ouvre ses portes au grand public une fois par an ! Et il ne faut pas oublié, son Marché de Noël qui a droit à son traditionnel reportage…

Cela dit, et plus sérieusement, ce qui fait réellement la différence entre les reportages « d’hier » et ceux d’aujourd’hui réside dans l’évolution du métier. Cette évolution, se fait sentir dès les années 70, où le journaliste va remplacer peu à peu le réalisateur. En effet, lors du tournage de ce reportage en 1959, c’était le réalisateur qui guidait le discours du film. Et le journaliste commentait seulement après le montage de la vidéo. Maintenant, c’est le rédacteur, un journaliste, qui va donner les lignes directrices au reportage. En effet, le texte, le discours dudit reportage, est défini à l’avance et les images viennent simplement appuyer et illustrer les propos du journaliste. Plus le sujet sera important, plus son montage sera guidé par les paroles.

Le traitement du montage d’actualité est alors inversé et le métier de monteur se retrouve astreint à ses nouvelles pratiques conduisant à une forme de standardisation de ce savoir-faire. Notons toutefois que le métier de monteur prend plus d’ampleur sur des sujets qui intéressent peu la production. Finalement, le montage de l’information fait appel à deux savoir-faire bien distincts et les relations entre le métier de journaliste et celui de monteur apparaissent bien plus complexes que cela. Aussi pour pousser plus loin cette analyse, je vous conseille un article vraiment intéressant de Jacques Siracusa sur Le montage de l’information télévisée. Persee.fr

« …en cachant l’image de leur téléviseur, ils auront une idée plus juste du travail du rédacteur, en baissant le son, ils prendront au sérieux la contribution du technicien. » – Jacques Siracusa.

 

Sources :
Le montage de l’information télévisée
Siracusa Jacques, Le montage de l’information télévisée. In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 131-132, mars 2000. Le journalisme et l’économie. pp. 92-106.
doi : 10.3406/arss.2000.2668
Persee.fr
Montage en audiovisuel / Histoire du JT à la télévision française

 

 

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